• English
  • Français
Du Vendredi 24 Novembre 2017 au Samedi 25 Novembre 2017 : Festival de la Communication Santé (Deauville)
Jeudi 30 Novembre 2017 : FORUM PATIENTS PFIZER
Samedi 02 Décembre 2017 : Concert Let's Goldman (Riorges, France)
Du Samedi 02 Décembre 2017 au Lundi 04 Décembre 2017 : ESO TRAINING COURSE ON RARE CANCERS (Milan, Italie)
Jeudi 07 Décembre 2017 : Conférence sur l'observance thérapeutique à l'ESSEC (La Défense, Paris)
Du Vendredi 08 Décembre 2017 au Dimanche 10 Décembre 2017 : Congrès de l'ESMO : immuno oncologie (Genève, Suisse)
Du Vendredi 09 Février 2018 au Dimanche 09 Décembre 2018 : Congrès de l'AFTED (Paris)
Du Jeudi 01 Mars 2018 au Samedi 03 Mars 2018 : ASSEMBLÉE GÉNÉRALE EUROSARC (Séville, Espagne)

Dr Angela Cioffi, Oncologue Médicale à l'Institut Gustave Roussy (Villejuif)

       Le Dr Angela Cioffi est une pétillante napolitaine de 34 ans, dynamique et débordante d'énergie. Alors  qu'elle était étudiante à la faculté de médecine de la Polyclinique "Federico II" de Naples (Italie), elle a participé à un programme d'échange avec l'Institut Gustave Roussy (Villejuif) pour clore son internat et rédiger son mémoire de fin d'études.  En 2005, à l'issue de son internat, elle décide alors de revenir à l'Institut Gustave Roussy pour démarrer sa carrière médicale.
Aujourd'hui Praticien des Centres Anticancéreux, responsable de l'hôpital de jour de Médecine et Assistante du Dr Le Cesne au sein de l'unité sarcomes de l'Institut Gustave Roussy, le Dr Cioffi s'occupe notamment de la prise en charge des patients atteints de sarcomes des tissus mous, des os et aussi des essais cliniques en lien avec les sarcomes.

Pour Info Sarcomes, la très dynamique Dr Cioffi accepte aujourd'hui de raconter,  "à l'italienne", sa  passion dévorante pour son métier et les sarcomes...

 Dr Cioffi, à quand remonte votre envie de devenir médecin ? Par quoi ce choix a-t-il été motivé ? 

A Naples, comme en Italie, on le sait...les gens sont très chaleureux et accueillants. Cependant, la société italienne comprend toute une série de problèmes non résolus tels que le système de Santé publique et d'autres "petites choses" qu'il n'est pas forcément utile de mentionner dans cet entretien !
Bref, quand j'étais petite je n'avais qu' une seule et unique envie : changer le monde, trouver des solutions, aider les gens, sourire avec eux, entretenir de vraies relations avec eux.
J'aurais pu faire pompier, entrer en religion, devenir bonne sœur...mais ce n'était pas l'avenir que je voyais pour moi ! Au fil de mes études, je me suis découvert un réel intérêt pour les matières scientifiques. A la télé, je regardais toutes les émissions et les dessins animés où l'on pouvait voir des infirmières et des médecins. La blouse blanche, le stéthoscope, les malades contents d'être bien suivis et bien soignés, tout ça me passionnait mais bon, c'était la télé...pas la réalité...
Du coup, j'ai eu une révélation : "Quand je serai grande, je deviendrai Docteur" ! J'avais 6ans...

Pourquoi avoir choisi la cancérologie ?

Au cours de mes études, j'avais participé à différents stages. J'aimais la biologie moléculaire, mais il n'y avait pas de contact avec les gens. J'aimais les urgences, mais la relation avec les patients était trop brève. J'aimais la chirurgie, mais en Italie, il n'y avait pas vraiment de place pour les femmes...
Finalement, j'ai eu une autre révélation : six mois d'externat dans un service d'Oncologie, avec un super professeur qui vivait pour son job, pour les patients et pour les nouvelles thérapeutiques. C'était l'époque où le traitement pour le cancer commençait à changer, on ne parlait plus seulement de chimio, de chute des cheveux, ou de nausées de femme enceinte...mais aussi de traitements intelligents, d'envie de découvrir et de faire toujours mieux..
Bref, un challenge éternel !
Ce professeur était génial. C'était un grand enseignant,  une grande personnalité,  un grand chercheur. 
Il m'a  réellement aidée à trouver mon chemin !

Les sarcomes sont des tumeurs rares encore souvent méconnues tant du monde médical que du grand public. Pourquoi avoir finalement choisi de s'investir dans un domaine scientifique aussi marginal ?

En Italie, j'avais commencé à travailler avec un super docteur qui s'occupait surtout des cancers bronchiques, nous étions parmi les référents dans cette pathologie. C'était d'ailleurs  la raison pour laquelle j'avais décidé de venir en France, à l'IGR. Je voulais approfondir mes connaissances en travaillant avec l'élite !

Au cours des trois premiers mois, j'essayais de me faire comprendre avec mon parlé franco-italien. J'en profitais pour assister aux consultations des oncologues de l'Institut. Une en particulier m'avait littéralement "frappée" : celle du Dr Axel LeCesne (le charmant responsable du comité sarcomes, et celui qui a peut être la meilleure connaissance de "l'âme" des sarcomes) .La typologie de ses patients  était complètement différente de celle des autres consultations : des cas RARES ! La plupart des malades étaient  jeunes, battants, curieux et ne se laissaient pas faire ! De plus, le Dr Le Cesne  leur parlait d'une manière que je ne voyais pas chez les autres médecins. Il était toujours gentil avec ses patients, avait toujours de "nouveaux traitements" à proposer, plaisantait  avec eux, tout en sachant rester sérieux et à l'écoute quand cela était nécessaire ...

Dr Le Cesne et Dr Cioffi en 2004


Le petit plus pour moi : IL PARLAIT TRÈS BIEN L'ITALIEN ! Et à l'époque, je ne voulais que ça... communiquer avec quelqu'un que je comprenais!!!

Petit à petit, je réalisais que mon intérêt pour le poumon commençait à faiblir (en plus je n'avais plus de poste en Italie et pire, je venais de diagnostiquer un cancer bronchique à mon père). En revanche, mon intérêt pour les sarcomes, ces tumeurs rares peu connues, mais pour lesquelles la recherche est  en constante évolution, ne faisait que croître. Ca devenait presque "viscéral". Cette maladie un peu "à part" qui se décline en une multitude de pathologies, fonctionnant chacune de manière différente, générant pour chaque patient une "histoire" différente, avait réellement éveillé ma curiosité. J'avais enfin trouvé un  nouveau challenge !!!
Je trouvais que, dans les sarcomes, les patients n'étaient pas comme les autres (dans le bon sens du terme). Conscients de la rareté de leur situation, j'avais le sentiment qu'ils venaient chercher à l'IGR le meilleur traitement, la meilleure prise en charge possible. Je remarquais qu'ils avaient une forte envie de parler avec leur oncologue car ils savaient qu'il était l'un des rares à bien connaître leur maladie. Ces patients, qui étaient pour la plupart des jeunes de mon âge, déployaient souvent une énergie incroyable pour pouvoir continuer à  vivre leur vie et concrétiser leurs projets malgré la maladie ( terminer leurs études, trouver un job, se construire une famille, tomber amoureux, jouer au foot, faire l'amour, grandir, découvrir la vie et toutes ses opportunités...).
Ils avaient une telle envie de vivre et de lutter que cela m'a donné envie de continuer à faire de la recherche dans ce domaine, à travailler et à me dédier à eux en les aidant à surmonter leur maladie tant sur le plan physique que psychologique.

Avez-vous un/des sarcome(s) de prédilection ?

Tous les sarcomes ont leur particularité et présentent donc  chacun un intérêt différent. Leur diversité impose aux médecins de s'adapter à chaque patient.  Les modalités de prises en charge et de surveillance ne se ressemblent pas parce que chaque sarcome est différent. C'est un aspect du métier que j'apprécie particulièrement.
Cependant, je dois avouer que les tumeurs "super-rares", comme les tumeurs desmoplasiques à petites cellules rondes, m'intéressent tout particulièrement. Une rareté parmi les raretés, rien
en littérature, pas de traitement standard. Tout reste encore à découvrir tant sur le plan moléculaire que sur le plan clinique. C'est une des maladies pour lesquelles je n'ai pas  encore suffisamment de réponses à donner aux patients. C'est "hard" pour moi mais surtout pour eux...C'est l'une des raisons pour lesquelles j'ai decidé d'aller prochainement me perfectionner  sur les sous-types super rares dans l'un des meilleurs centres de recherche des Etats-Unis, à New-York : le "Memorial Sloan Kettering Cancer Center",  Aussi, en novembre prochain, je rejoindrai l'équipe du Pr Robert Maki, responsable du Groupe Sarcome Américain ! Ce sera pour moi une véritable opportunité pour renforcer les liens entre un  centre de référence Europeen tel que l'IGR et un centre référent americain comme le Memorial.

Comment se déroule une journée type du Dr Cioffi à l'IGR ? En quoi consistent vos activités dans le service ?

La liste risque d'être longue car la journée type du Dr Cioffi équivaut à 72 heures d'une personne qui occuperait un emploi dans un autre domaine !!! Mes activités sont très variées, ce qui fait que chaque jour est différent. Du lundi au vendredi, je partage mon temps entre mes consultations sarcomes et mes consultations à l'Hôpital de Jour dont je suis la responsable. Il m'arrive également de gérer les appels téléphoniques pour avis et le suivi à distance de mes patients et j'assure aussi les visites quasi-quotidiennes des patients hospitalisés...Toujours avec le sourire, l'envie de discuter, de plaisanter avec eux mais aussi de leur apporter une véritable écoute. Evidemment, je ne suis pas toute seule, j'ai la chance d'être aidée et soutenue par une super équipe de secrétaires, d'infirmières et de médecins !

Quelles sont les "satisfactions/enrichissements" que vous tirez de votre investissement dans le domaine des sarcomes ?

En effet, travailler dans un institut de cancérologie ne comporte pas que des côtés sombres.
Parfois des patients qui viennent d'être diagnostiqués pour un sarcome, arrivent pour la première fois à l'IGR complètement  "effrayés" à l'idée de ce que le médecin  va bien pouvoir leur annoncer sur cette maladie dont personne n'avait jamais entendu parler avant. Ce qui me plaît dans mon métier, c'est de voir que beaucoup ressortent de ces consultations apaisés, avec l'espoir que rien n'est perdu, que la recherche dans ce domaine est très active et que les médecins luttent sans relâche...
Angela Cioffi

De plus, grâce à ce combat "universel" mené par tous mes confrères du monde entier, et  à toutes les découvertes réalisées dans les sarcomes, j'ai accès à l'ensemble des innovations thérapeutiques qui peuvent être bénéfiques pour le contrôle de la maladie. Dans le cadre du "Comité 100" qui gère la prise en charge des sarcomes à l'IGR,  j'ai la chance de travailler avec une équipe de chirurgiens, d'oncologues, de radiothérapeutes, d'anapaths, de radiologues hyper motivée et compétente. Tout cela me permet d'offrir à mes patients les traitements et la prise en charge les mieux adaptés à chaque situation.Je me souviens d' une consultation où l'une de mes patiente est arrivée dans ma salle en courant , les yeux complètement ébahis. Six mois plus tôt, elle avait avancé sa consultation avec moi car elle se plaignait de douleurs régulière et était sous oxygène à hautes doses. Cette patiente était atteinte d'un sarcome extrêmement rare appelé "Hémangiopérycitome". Plusieurs lignes de chimio avaient été essayés chez elle sans réel succès.
A priori, j'aurais pu lui proposer des soins de support ou palliatifs, mais je venais de lire un article dans lequel une équipe de chercheurs américains évoquait l'association de 2 molécules, qui n'étaient normalement pas utilisées dans les sarcomes, mais qui  avaient  cependant montré des résultats très encourageants dans ce sous-type rare.
Du coup, avec cette patiente, on a tenté le tout pour le tout et je lui ai prescrit ces deux molécules, parce que ni elle ni moi n'avions envie de baisser les bras ! Au bout de deux mois, elle n'avait plus besoin de son oxygène, ni d'antalgiques. Après 6 mois, elle est revenait du ski !!! Aujourd'hui, son traitement se poursuit...

Cet exemple n'est qu'un exemple parmi toutes les satisfactions personnelles que ce travail m'apporte quotidiennement. En plus de tout ça, j'en tire un très grand enrichissement scientifique. Travailler dans l'univers des sarcomes, c'est être stimulée en permanence par les "chefs de file" du "Groupe Sarcome Français"  :  le génial Jean Yves Blay, l'ever-green Isabelle Ray-Coquard, la douce Sophie Piperno, le Professeur Coindre  alias "Monsieur je sais tout sur les sarcomes", et tant d'autres... qui sont toujours là pour trouver de nouvelles idées, mettre en place de nouveaux protocoles, stimuler les jeunes, encourager la collaboration "to make better and be the best" mais pas en solo !!! L'ambiance de travail est très bonne et les "jeunes" aussi sont très motivés, grâce au travail des seniors.

Quelles sont les principales "difficultés/frustrations" ?

La cancérologie en général, et  les sarcomes en particulier, ce n'est évidemment pas que sourires et légéreté. L'ambiance est loin d'être toujours décontractée. Les humeurs et les sentiments changent du matin au soir...
Le matin, je suis en consultation avec un patient en surveillance qui est en rémission complète : on parle de l'avenir et des enfants arrivés après la chimio.
A midi, il faut trouver un traitement alternatif pour une maladie qui progresse.
L'après-midi, il faut discuter sur les problèmes d'une sexualité devenue inexistante, un fils qui n'arrive pas, un travail perdu à cause des arrêts de maladie répétés...
Le soir, il faut expliquer à un patient et à sa famille
l'entrée en soins palliatifs, dire qu'il n'y à plus des traitements à proposer...

Tous ces moments sont très intenses et très émouvants. Ce sont des moments de la vraie vie, du quotidien. Il y a aussi des problèmes pour lesquels je n'ai pas toujours d'éléments de réponses ou de solutions. Quoi qu'il arrive, je fais toujours du mieux que je peux en utilisant toutes les forces et les armes  à ma disposition. Heureusement, l'institut dispose d'un département de soins de support d'excellente qualité (psychologie, diététique, analgésie, etc...) qui vient en renfort du travail des oncologues auprès des patients.
L'autre frustration, c'est que je n'ai pas assez de temps pour m'informer en continu, écrire des articles, faire connaitre à la population scientifique (hors IGR) tout ce que, grâce à un grand travail d'équipe, on arrive à développer....Parfois, il m'arrive de penser que 24 heures ne suffisent pas pour me permettre de faire tout ce que je voudrais faire !!!

On imagine que la plupart des médecins ont une "soupape de décompression", quelle est la vôtre ?

J'ai essayé plein de trucs ! J'ai essayé le sport, mais  c'était trop fatiguant parce qu'après une journée à l'hôpital, je suis complètement KO ! J'ai essayé le théâtre, mais la Comédie Française, c'est encore plus triste qu'une tragédie italienne!!!...
Donc, au final, ma première soupape : c'est la musique ! En mp3, en vidéo, en discothèque (peut être que je n'ai plus l'age !!! lol),  en concerts,  en music-hall, du réveil jusqu'au coucher, pendant la lecture d'un bon livre, pendant la préparation d'un bon plat italien (désolée, je ne sais rien cuisiner d'autre !), pendant un diner entre amis. Bref, que du bonheur!
Ma deuxième soupape : ce sont les voyages. Grâce à mon expérience à l'IGR, et à Paris, j'ai eu la possibilité de connaitre et rencontrer beaucoup de personnes qui sont devenues très importantes tant sur le plan professionnel que personnel. De belles rencontres, des vrais amis, des sœurs et des frères.  Même si maintenant la plupart sont ailleurs, on ne renonce pas à se voir régulièrement dans nos villes respectives. De la même façon, je ne renonce pas à rentrer le plus souvent possible dans ma belle Naples pour revoir et respirer les magnificences de la côte Amalfitaine ; ni à partir pour un congrès et rester quelques jours de plus pour découvrir les lieux.
Heureusement, ma curiosité ne se limite pas à mon job !
L'important reste de voir mes amis, ma famille, de vivre et se sentir en vie !!  
 

Quelles sont vos ambitions professionnelles pour les années à venir ?

Je n'ai pas de boule de cristal et je ne sais pas où je serai dans les années à venir !!!
Pour l'instant, mon projet  le plus important est  de continuer à travailler avec la même passion, peut-être en optimisant un peu mieux mon temps ? 
Sur le plan pratique, je souhaite avancer dans ma collaboration "outre-Atlantique" , avec le Memorial Sloan Kettering. L'année à venir sera chargée en responsabilités et en nouveautés. J'ai très envie d'un nouveau challenge dans mon domaine afin de pouvoir revenir en France, à l' institut et continuer à développer la collaboration avec mes collègues pour améliorer la prise en charge des patients.

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un jeune médecin qui souhaiterait s'investir dans les sarcomes ?

Avant d'être un grand chercheur, innovateur, prêt à utiliser et à expérimenter :  apprends les bases, respecte le travail sacré de nos prédécesseurs, ne quitte pas la clinique, fais preuve de psychologie, d'empathie et... sourie !
Avant de cuisiner un plat raffiné : apprends à préparer une simple assiette de pâtes avec amour, passion, et  surtout "al dente"! ;-)